suite en vers libres
Recenser notre désir – est-ce possible? Ses couleurs et marbrures ~ Lèvres folles Bouches ivres Langues allègres Corps délurés. Mais je me perds À creuser L’exiguïté de la vie À chercher l’élan ~ Lien détruit au crayon du temps C’est ainsi que tu n’es plus. MAIS IL NE SUFFIT PAS DE SE TENIR DEBOUT SUR L’AUTRE RIVE DU FLEUVE. [*] Phare éteint Je touche au Paysage intérieur Je dépéris à La lueur grêle du Brouillard (trop) sec. La purge me mord Me tait au silence ~ Je soulève, fouille et gratte L’écho du cœur ~ Présence Absence. Hors champ ~ Maison Cœur Amour Fauchés Au ciel livide. MAIS IL NE SUFFIT PAS DE SE TENIR DEBOUT SUR L’AUTRE RIVE DU FLEUVE. Je cherche les indices Dans la clarté (trop) sèche de l’aurore Je rêve aux détails perdus De nos corps et de leurs gestes ~ L’écheveau de nos traces S’est distendu. MAIS IL NE SUFFIT PAS DE SE TENIR DEBOUT SUR L’AUTRE RIVE DU FLEUVE. Tu disparais Le jour m’assiège La nuit m’éteint Je mendie en Attendant le soleil, son œuvre ~ C’est ainsi que tu n’es plus. Pas même de reflet Trop grave, trop dense et trop étriqué, le tien Je m’éloigne de la traversée Combat silencieux inerte Repli sur soi étourdissant, le mien ~ Par où sommes-nous passés? MAIS IL NE SUFFIT PAS DE SE TENIR DEBOUT SUR L’AUTRE RIVE DU FLEUVE. Folie du silence Visions trop crues Parmi celles qui se croisent Et qui fuient Le souvenir n’a pas tenu ~ M’as-tu laissé le mot de passe? Pour te retenir Pour te raccrocher à notre ardeur La passerelle couche ton ombre brûlée Lueur irrespirable Dépossédée de toi ~ Où en étions-nous? MAIS IL NE SUFFIT PAS DE SE TENIR DEBOUT SUR L’AUTRE RIVE DU FLEUVE. Ton visage ~ Devenu étranger Chute muette De la toile du monde À son feu (trop) vif Le cours du temps se répare-t-il? Énigme des cœurs sensibles Le vivant, ravagé Je vois l’ombre des ombres La tienne Penchée sur le grain spolié du temps ~ MAIS IL NE SUFFIT PAS DE SE TENIR DEBOUT SUR L’AUTRE RIVE DU FLEUVE. Je résiste au vertige Repousse le ciel hostile – enfin L’aube mouillée M’invite à ses dessins M’accueille dans ses franges Me désaltère à son repos. Le langage s’ouvre – enfin Je crie aux racines Du récitatif Du geste des signes Referme l’enveloppe Des chimères. Nature métissée Une neuve variation M’entraîne à ses motifs L’instant pose ses rayons Au pas à pas Jusqu’au verso du jour. Je sais libérer l’épaisseur fidèle De la durée du temps Je sais reprendre goût au passage et À mes traces ~ Caprices fous Chevauchées ailées. Bras-le-corps familier Halo de l’intervalle Je m’éveille au signal Le grand pourpre glisse et roule ET JE ME TIENS DEBOUT SUR L’AUTRE RIVE DU FLEUVE L’horizon au bout du doigt ~ C’est toute la lumière du monde. ________ [*] Emprunt : Borderlands/LaFrontera :The New Mestiza, de Gloria Anzaldùa.

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Bon matin Geneviève,
Le souvenir n’a pas tenu – m’as-tu laissé le mot de passe ? Vève, tu n’as peut-être pas le mot de passe…, mais tu as tous les mots pour tout dire ! Texte d’une grande beauté qui est venu me chercher beaucoup d’émotions.
Merci pour ton partage,
GS xoxo
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C’est tellement beau et touchant.
Un être cher nous manque et toutes nos sensations sont tout autant exacerbées que bouleversées
Joliment écrit … Il se pourrait que quelqu’un te fasse des signes de l’autre côté du fleuve …
Bonne journée ..
amicalement
Merci pour la visite et l’écho!
Que serions-nous sans les mots?
Les émotions, l’infinie tristesse transcendent les mots. On perçoit très bien l’intensité. Le rythme est généreux et donne le temps d’absorber la progression du ressenti. Parfois les mots sont durs.
Merci de me permettre cette réflexion.
Merci pour la visite et l’écho!
Oui, rythme « généreux » comme la lumière, désintéressée…