ménopause: coming-out (si le sujet vous fait rouler des yeux, passez votre chemin)
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Je reprends ici un post publié sur ma page Facebook le 30 juillet dernier. Il s’agit de mon « coming-out » de femme ménopausée. Mon post a beaucoup retentit. J’ai reçu plusieurs témoignages et commentaires, et de nombreux messages en privé. On me remerciait « d’avoir pris la parole », « d’avoir permis le partage et la parole », me disant même d’envoyer mon texte « essentiel » dans les journaux. Je ne sais pas s’il est « essentiel » mais je suis persuadée de son potentiel humain, solidaire et porteur. Ne pas se taire. Jamais. Bref. Le revoici dans une version émondée et amincie. C’est celle que j’ai soumis à certains journaux. Aucun ne l’a publiée. Cela les regarde, comme il me regarde de le faire aujourd’hui sur mon blogue, la plateforme de diffusion que je préfère et qui « m’appartient »!
Bonne lecture! N’hésitez pas à commenter, à partager aussi!
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Aujourd’hui, je fais mon coming-out sur la ménopause. On déclare celle-ci après l’aménorrhée, soit l’arrêt du cycle ovarien dont le symptôme le plus visible est l’arrêt définitif des règles durant au moins un an. Elle affecte durablement le corps de la femme et se manifeste par de nombreux troubles: bouffées de chaleur, rougeurs cutanées, affaissement des seins, troubles du sommeil et de la mémoire, changement d’humeur, diminution ou perte de la libido, douleurs articulaires, affinement du poil, accumulation de graisse abdominale, fuites urinaires et infections vaginales. L’atrophie du vagin aussi. J’y reviens plus loin.
Le traitement hormonal substitutif THS est proposé afin de contrer la plupart de ces troubles. Depuis le début du XXE siècle, le THS louvoie entre diffusion facilitée et plutôt large, poussées intensives (années 1960), remises en cause pour son ordonnance systématique et la médicalisation du corps des femmes (années 1980). Mais somme toute, le bilan est positif (années 2000) : il protègerait contre les maladies cardiovasculaires et l’Alzheimer.
Je souligne, dans ce contexte, que le Viagra a offert aux hommes (fin des années 1990) la possibilité d’avoir recours à l’hormonothérapie. Les deux traitements sont d’ailleurs souvent comparés pour leurs caractéristiques communes (même cible de catégorie d’âge et même objectif de médicalisation du vieillissement).
Quant au THS, il faut y avoir droit… Je suis devenue ménopausée il y a 7 ans, à 53 ans. Mon médecin m’a dit: on essaie le THS pour 6 mois. En moins de 5 (mois), j’ai dû subir une biopsie stéréotaxique du sein gauche. Bonjour petite masse suspecte! Depuis, je suis suivie périodiquement dans une clinique du sein d’un grand hôpital. Avec THS exclu (le cancer s’en donne à cœur joie dans ma famille).
J’ai donc composé avec les « troubles » (seuls l’accumulation de graisse abdominale, les fuites urinaires et infections vaginales m’ont été épargnés) en m’engageant de toute la force de mon lien sensoriel et de confiance avec mon corps. Ce dernier est, a toujours été, un partenaire merveilleux, endurant et bien bâti pour la course à pied, la natation, le ski de fond et le vélo que j’adore pratiquer, et vraiment exquis à habiter. « Tu as un body de char de course monté sur un frame de chat » (un amant dans une autre vie).
Mais au printemps 2022, le drive perdu, le cœur — au figuré — dépassé par la tâche, j’ai craqué. Épuisée de ne plus faire mes nuits; de perdre tant d’énergie en bouffées de chaleur; de lutter contre la sensation d’être une bombe à retardement. On m’a prescrit un antidépresseur et un stabilisant vasculaire. Tout s’est aplani.
Tout? Non. Le vagin, lui, a continué son dépérissement fou — lisez : atrophie. L’image du « canal vaginal avant (à gauche) et après (à droite) la ménopause »[*] illustre une réalité très concrète, débilitante, et horrible : le sexe de mon homme de vie n’est plus un délicieux pénis mais un goupillon incandescent. Depuis 2 ans, la pénétration m’est si douloureuse que nous ne la tentons plus.
Ce mois-ci, j’ai fait une rencontre épatante: Louise Perrin Physiothérapeute – Rééducation Périnéale, afin de réhabiliter mon périnée. Avec elle, une table d’examen certes mais on a le tronc relevé et adossé à des coussins moelleux. De même que pour les genoux : relevés et écartés mais appuyés eux aussi. Et surtout, on est, elle et moi, yeux dans les yeux durant toute la séance. Ce sera du travail mais je ne lâcherai pas. Déjà, mon intimité toute et si particulière est moins monstrueuse. De plus, une lueur pointe: à mon dernier suivi à la clinique du sein, j’ai appris que le THS serait possible moyennant le maintien des suivis et leur fréquence.
Alors, pourquoi ce coming-out? Parce que j’en ai marre d’avoir l’impression d’être la seule à vivre ce parcours du combattant. Parmi toutes les femmes de mon entourage, AUCUNE n’a jamais esquissé le début de mon aveu d’aujourd’hui. Pourquoi ce silence? Par pudibonderie? Par défaut de soutien? Parce que c’est comme ça et qu’on fait avec? De même, AUCUNE n’a jamais remis en question ni ne s’est plainte de la table d’examen gynécologique (on fixe le plafond, jambes relevées et talons dans des étriers de métal froid, privée de tout contact visuel avec le.la gynécologue qui accède à notre intimité toute et si particulière).
Sommes-nous donc proches encore des années 1970? Quand une femme alors demandait à son gynécologue — presque toujours un homme à l’époque — un traitement hormonal, il paraît qu’on la soupçonnait de vouloir prendre un amant voire de se prostituer. Pour ma part, j’ai eu une gynécologue (femme) qui, dans les années 1980, a retiré mon stérilet d’un coup si sec et si brutal que j’en ai vacillé jusqu’à devoir m’appuyer au mur du couloir pour retrouver mon souffle. Elle m’avait regardée de haut et fait la moue (j’étais jeune, ingénue sur les bords et je voulais un enfant de l’homme que j’aimais) … Mais c’est ma seule expérience malencontreuse à narrer. J’ai même eu un gynécologue (homme) qui, m’annonçant la nécessité de m’opérer d’urgence à l’endomètre et que je ne pourrais plus avoir d’enfant, m’a tapoté le genou délicatement.
On se souvient aussi des efforts colossaux que Véronique Cloutier a dû mettre récemment pour que les femmes aient accès à l’hormonothérapie bio-identique et que celle-ci soit remboursée par la RAMQ.
Alors, pourquoi ce silence? Chacune (chacun…) a pourtant les mots et le temps pour parler de guerres, de feux de forêt, de changement climatique, de vacances, de violence conjugale, du bonheur de nos petits-enfants, de jardinage, de remaniement ministériel, de nos proches solidaires et sensibles, du coût de la vie qui n’en finit pas de grimper…
Que les femmes ménopausées se lèvent! Que les hommes que le sujet concerne se lèvent!
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http://lesmotslavie.com/poesie/
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Bravo et merci pour ce texte lucide sur un thème tabou. Beau courage, vraiment! J’attends avec une curiosité narquoise la réaction (ou son absence) de la part des inquisiteurs et inquisitrices du nouvel Ordre Moral qui s’avance masqué sous le prétexte d’inclusion.
Merci de cœur tout près de toi pour ta lecture, cher François mon cousin.
Cette prétendue civilisation, celle du silence, en effet. Elle a bon dos et c’est entre autres ce qui m’a motivée à faire mon coming-out.
Une chose est claire, on a encore beaucoup de chemin à faire en matière de santé et de prise de parole. En attendant, je te souhaite de trouver la solution qui te permettra de jouir d’un équilibre hormonal heureux sur tous les plans!
Alors, prenons-la cette parole, chère Caroline, et merci pour tes mots de solidarité.
En t’écrivant, je pense au roman de Cardinal, « Les mots pour le dire » — l’émancipation du sujet par la traversée de l’écriture [et de la parole]. Je résume grossièrement mais… encore d’actualité.
Chère Geneviève,
Je n’ai pas eu à mener ce combat qu’est le tien, ou du moins le mien fut beaucoup plus subtil. Et c’est derrière moi maintenant. Mon corps a changé, j’ai des nuits souvent plus courtes, mais j’y trouve des avantages. Et j’ai pu rester bien active.
Pour ce qui est du silence, je viens d’une famille de sept, dont six filles très proches en âge, qui se sont tiré les cheveux et vidé le coeur plus qu’à leur tour. Bref, on n’a jamais été gênées de se dire les choses. Mes bonnes amies non plus n’ont pas été muettes sur la question. Mais je sais la chance que j’ai eue.
Lâche pas, Geneviève!
Bravo! Non seulement il faut dire… Il faut que nous lisions… Bien des hommes auraient intérêt à lire… Pour comprendre et mieux accompagner.
Merci, Claude, d’avoir lu mon post et posé vos mots de solidarité!
Bravo Geneviève d’avoir eu le courage de partager les péripéties de cette étape de la vie féminine!🙂
Merci, amie Maria, de t’être posée à lire et pour tes mots de solidarité!
Pour ma part, la ménopause fut le début de ma liberté. Ayant souffert d’endométriose toute ma vie à une époque où on n’en parlait pas, je n’ai jamais pu rien prévoir, et ce fut souvent un calvaire. Et il m’a fallu attendre 59 ans, (oui, ménopause tardive) pour être enfin libérée. Aucun trouble n’a accompagné cette ménopause, un total changement de vie, plus de souffrances, plus d’hémorragies. La ménopause m’a offert l’apaisement, la Liberté, la légèreté. Une seconde vie que j’apprecie énormément.
Merci, Vy, de vous être posée ici pour lire, et commenter. Je me réjouis pour vous de cette Liberté. La fin des règles, la fin des hémorragies et des migraines… quelle libération! Pour le reste (quant à moi), le temps est un allié… souverain!
Je n’ai jamais souffert de migraines. Moi je me réjouis que l’endométriose soit reconnue maintenant, pour toutes les femmes qui en sont atteintes. Ça non plus, on n’en parlait pas avant, et certains gynécos hommes ont été abjectes. Heureusement, les choses évoluent.
Et bon courage à vous.
Merci du partage, chère Geneviève. Je suis tellement d’accord qu’il faut partager nos expériences. A sisterhood, sans tabous, sans honte. Et je suis contente que tu aies trouvé une bonne physio. Il y a quelques années, j’ai eu la chance d’avoir des traitements en rééducation périnéale avec ma propre nièce. Je ne savais pas que ce métier existait avant qu’elle s’y spécialise. C’était une prise de conscience qui m’a fait réfléchir sur les femmes qui souffrent, sans avoir accès à ce type de soins. Et quoi dire de nos grand-mères, avec leur nombreuses grossesses… On avance tranquillement, et les partages comme la tienne sont essentielles. Merci! xx
Merci à toi, chère Cynthia, de t’être posée pour lire!
Tes mots de solidarité, ton témoignage rejoignent ma propre conviction: avançons ensemble, progressons, parlons-en, parlons-nous. Ouiiiiii!
Merci Vève, merci !
Merci à toi pour la lecture « solidaire »! 😊