Cavale

brève

Le café a percolé, chacun s’est servi mais n’a rien bu, j’ai collé mes lèvres à la commissure de ta bouche, ça s’est passé vite, corps-à-corps, désir neuf et naïf, rien à dire, rien d’autre que la peau, parfois c’était dans l’escalier de secours, d’autres fois dans ton bureau ou le mien, folie pure, pure joie, feu d’artifice des sens, j’attrapais tous tes regards qui me disaient j’ai envie de toi, je les reconnaissais – les miens étaient pareils, je savais ton pas au loin, je levais la tête, tu me voyais te regarder, tu riais, ça dégageait ta gorge et ta carotide, je riais aussi, Josette, Josette suppliais-tu, chez moi le plus souvent, j’ouvrais les jambes, tu écartais les tiennes, j’embarquais sur tes hanches, tu me prenais adossée au chambranle de la porte, il nous arrivait de la laisser ouverte, pas le temps de s’encombrer de l’ordinaire ni de le laisser parler, poids-plume sur tes jambes de colosse, ballerine à la barre, plié, chassé, jeté, on se perdait dans les dédales de mon loft, boussoles égarées à se respirer l’un l’autre, à s’éperdre de passion furieuse, mains nouées, lovées, cramponnées, je relevais ton pouls, je me gavais de ta salive, tes doigts tremblaient, un jour ils ne trembleraient plus… ça voudrait dire… la pensée m’éreintait, celle d’abeilles, leurs quelques semaines, leurs quelques mois de vie à ravitailler avant d’être condamnées. Tu t’extasiais, j’étais ta reine, ma beauté Ivory disais-tu ce jour-là, on marchait dans mon quartier, j’ai dit je veux qu’on parte un weekend, on n’a jamais fait ça, ni partir ni un weekend, c’est toujours moi qui te fais de la place dans mon horaire, dans ma vie, on était devant une maroquinerie chic, on est entrés, la boutiquière a sursauté, puis elle a souri, minaudé :

– Joshua chéri, quelle surprise!

– Oui ben, je te présente Josette, une collègue. Son amie vit une peine d’amour. Elle veut lui faire un cadeau. » Tu te tournais vers moi : « Un Louis Vuitton, c’est ça? Rouge, non?

Tu enfonçais ton genou dans ma cuisse, tu tendais des billets de banque, la boutiquière te souriait, tu lui souriais et tu lui câlinais la joue :

– J’irai chercher les enfants plus tôt que prévu! On préparera la paella ensemble! 

J’avais le cerveau en chou-fleur et un sac rouge à la main, tu m’entraînais vers la sortie et par les ruelles jusque devant chez moi où tu m’enlaçais par derrière en disant je te quitte, tu disais c’est fini, avant de me pousser contre la porte, après m’avoir mordue, après avoir collé tes lèvres à la commissure de ma bouche. 


9 réflexions sur “Cavale

  1. Le plaisir éphémère, la déception durable. Le paroxysme de la passion nous amène à une fin brutale qu’on ne voit pas venir. J’ai beaucoup aimé le rythme de l’écrit. merci !

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