À chats ou chiens, rarement aux deux

(notes d’écriture et images glanées pour: « Chat ris, va. Ris! », post du 14 février 2020)

Rainer Maria Rilke (1875-1926) préférait les chiens. Il en a eu quatorze, « tragiques et sublimes ». Il reproche d’ailleurs à la « vie animale de ne pas durer aussi longtemps que la vie humaine ». Il prétendit que l’existence des félins « n’aura jamais été qu’une hypothèse passablement risquée ». Il est vrai qu’on n’est pas le maitre d’un chat. C’est lui qui nous choisit et on cohabite. Cela prend valeur de symbole : un chat n’accepte pas de changer ses habitudes. Un chien, oui, et cette servitude peut même le mener à prendre les travers et manies de son maitre.

Avec le chat, pas d’indiscrétion et pas d’esprit d’indiscrétion non plus à demander : à quoi penses-tu?  Ils respectent l’intimité de notre esprit en autant qu’on soit humble à leur égard et qu’on ne brise pas le silence profond et simple de notre communion entre êtres vivants. C’est la retenue, l’essence profonde du respect, de la vie à aimer. Et dont on a, seul, la responsabilité. « À la fin, parce que j’étais devenu chat, je suis devenu un être humain », écrit William Jordan dans « Un chat nommé Darwin ».

Tout autant qu’il soit agile, affectueux, fascinant et truand tout à la fois, et d’une incroyable tendresse, le chat est, il faut bien l’admettre, impénétrable. Maurice Maeterlinck (1862-1949) se méfiait de cet «animal féroce qui nous maudit dans son cœur mystérieux» (mais il se méfait aussi du cheval, de l’âne, du mouton, de la poule et des végétaux). Cependant, dans sa féérie « L’oiseau bleu », il campe, entre autres, des animaux de basse-cour, et le temps, et la nuit, et l’eau, et le père, et la mère, et le grand-papa, et la grand-maman et… le chat Tylette, grave et réfléchi. Quel symbole! S’est-il inspiré d’Ernst Theodor A. Hoffmann (1776-1822) qui a donné la parole au chat Murr, dans son roman éponyme inachevé? Poète, l’animal a appris à écrire, il raconte sa vie et réfléchit sur l’existence, l’adolescence, la créativité, la musique, et donne de sages conseils. Rien de moins!

Le chat inspire davantage l’art d’être que celui du paraître; à se disperser moins et à moins courir les aventures. « J’ai besoin de lui [le chat] pour partager, ouvrir cette petite part de moi-même assez mystérieuse, qui ne vole rien à personne, mais dont j’ai reconnu l’existence et qu’on ne peut plus ignorer quand on a reconnu aussi qu’elle était une des très bonnes, peut-être une des meilleures parts de soi-même. » écrit Anny Duperey dans « Les chats de hasard ».

André Malraux (1901-1976) « en mettait [des chats] partout et signait familièrement en dessinant la silhouette d’un matou » (Roger Grenier, Les larmes d’Ulysse) car ils avaient, pour lui, une aura mystique. Pour les autres, les adeptes des chiens, ceux-ci évoquent le rationnel. Bref : c’est le combat intuition/intelligence. 

 « Si sage et sereine que je parvienne à devenir un jour, je ne peux m’empêcher d’espérer que je trouverai encore une fois sur ma route, comme une magique surprise, un chat de hasard, une petite bête qui tombera dans ma vie comme un cadeau du sort. Même si je dois l’attendre longtemps, je l’espère. Même s’il doit être le dernier, celui de la vieillesse, celui de l’étape finale vers une ultime renaissance peut-être, qui sait… Qui sait? » (Anny Duperey, Les chats de hasard).

Pour lire la nouvelle à l’origine de ces notes & images, c’est par ici: https://lesmotslavie.com/2020/02/14/chat-ris-va-ris/

3 commentaires sur “À chats ou chiens, rarement aux deux

  1. Encore une fois bravo ! Alerte et très intéressant. Que choisir parmi ces attitudes envers nos amies les bêtes ? Je ne suis assuré que d’une chose à leur propos : je déteste les voir encagées par les hommes ! (la « Non-cage » est une œuvre faite en 2005 à Auneau dans la Beauce, à ce sujet). Et puis, Rilke que tu cites si bien a écris un poème magnifique : « La panthère », il y en a plusieurs traductions mais celle que je préfères est de Claude Vigée. Bises, L-M.

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    1. Novembre est un chat libre de faire « de grands sauts par-dessus les rigoles » pour paraphraser Vigee que tu cites, L-M, et il devrait en être ainsi pour TOUTES nos amies les bêtes. Pas de barreaux ni de cages. Merci pour tes mots et ta belle référence à la « Panthère » de Rilke. T’embrasse!

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